Le problème de la vie et de la mort des nations

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Je me crois maintenant pourvu de tout le nécessaire pour résoudre le problème de la vie et de la mort des nations, et je dis qu’un peuple ne mourrait jamais en demeurant éternellement composé des mêmes éléments nationaux. Si l’empire de Darius avait encore pu mettre en ligne, à la bataille d’Arbelles, des Perses, des Arians véritables ; si les Romains du Bas Empire avaient eu un sénat et une milice formés d’éléments ethniques semblables à ceux qui existaient au temps des Fabius, leurs dominations n’auraient pas pris fin, et, tant qu’ils auraient conservé la même intégrité de sang, Perses et Romains auraient vécu et régné. On objectera qu’ils auraient néanmoins, à la longue, vu venir à eux des vainqueurs plus irrésistibles qu’eux-mêmes et qu’ils auraient succom­bé sous des assauts bien combinés, sous une longue pression, ou, plus simplement, sous le hasard d’une bataille perdue. Les États, en effet, auraient pu prendre fin de cette manière, non pas la civilisation, ni le corps social. L’invasion et la défaite n’auraient constitué que la triste mais temporaire traversée d’assez mauvais jours. Les exemples à fournir sont en grand nombre.

Arthur de Gobineau, l’Essai sur l’inégalité des races humaines.

Sensible vapeur…

Sensible vapeur, luisant sous mon crâne,
Fait rire quelquefois des ouvriers.
Ils se gaussent bien fort, comme des ânes,
Câlinent ma honte d’un œil niais.

Un aqueduc lointain, perdition
De tous les rires, tombeau scandaleux
Des fleurs aimées, s’en va, mystérieux,
Sous les brumes sauvages de Typhon.

Un rêve s’éteint toujours dans l’azur,
Ou parfois, c’est plus rare, dans la fange ;
Mais, calfeutré dans ma robe de bure,
J’aurai part au bonheur des plus doux anges.

Sensible vapeur, outrage au soleil,
Se perd dans l’horizon du soir vermeil.

Fausse Monnaie

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Quand les nouvelles ravivent à ma mémoire les oracles généreusement donnés par les grands hommes du passé, je ne laisse point filer l’occasion.

Un important atelier de fabrication de fausse monnaie, ayant émis près de 350.000 euros en faux billets de 20 et 50 euros pour un montant total de neuf millions d’euros depuis 2007, a été découvert mercredi près de Chelles, en Seine-et-Marne, a-t-on appris jeudi de source policière.

Le faussaire présumé, un ancien imprimeur âgé d’une cinquantaine d’années, a été interpellé dans un entrepôt d’une zone industrielle. Le matériel de chaîne graphique était dissimulé dans le sous-sol du bâtiment.

L’homme était en relation avec des membres de la communauté des gens du voyage, qui écoulaient cette fausse monnaie en France et dans les zones frontalières. Plusieurs d’entre eux ont été interpellés.

Les enquêteurs de l’Office central de répression de la fausse monnaie (Ofcrm) agissaient dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour « association de malfaiteurs et contrefaçon de fausse monnaie », à la Juridiction interrégionale spécialisée de Paris. AP

Que s’en prend-on de la sorte à ces euphémiques »gens du voyage » ? Peut-être leur usine de sang du pauvre a-t-elle consolé quelque malheureux. La vraie fausse monnaie, la plus néfaste, n’est pas celle que ces éternels lépreux ont forgée. Je m’efface au profit du comte de Maistre, dont nous verrons l’intuition divine.

« Les fausses opinions ressemblent à la fausse monnaie qui est frappée d’abord par de grands coupables et dépensée ensuite par d’honnêtes gens qui perpétuent le crime sans savoir ce qu’ils font ».

« Volé par l’Aquilon »

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Impatience ! Fureur ! Tout au monde est parfait

Mais comment pourrais-je ne pas le conspuer,

Voyant ces géants sots compris dans la matière ?

Comment ne pas haïr ces esclaves de bières ?

Ce que je veux écrire est un simple poème

Un poème de sang, rouge comme la rose

Amoureux à tout rompre, et d’un charme bohème

Foudroyant dans le cœur, et qui peut et qui ose

L’hydromel m’échappe, volé par l’Aquilon

Mes loisirs sont de paille, et mes pensées de plomb

L’échec des époques me pèse sur l’épaule

Cessent les fantasmes, se défasse mon col !

En aurons-nous fini, quand tout aura passé

De ces laideurs tapies, des respirs éludés

Où nos regrets s’enfuient, purs comme des enfants

Au pied des hébétés, le Peuple des souffrants ?!

De la Politique

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« L’appel au peuple peut être un utile et puissant levier dans les périodes de trouble, quand le gouvernement hésite et incline de lui même à la mort. Il ne vaut pas grand chose dans les autres cas. Il ne vaut rien contre un parti bien constitué, fort, uni, résolu à exploiter la nation jusqu’à l’os.

Hors les heures critiques, et tant qu’il paraît subsister un ordre matériel quelconque, le suffrage universel conserve tout ce qui existe, tout ce qui tend à exister. Il est conservateur de ce qui dispose de la puissance, de ce qui paraît bénéficier du succès : radical, si le gouvernement tend au radicalisme ; socialiste, si le socialisme paraît dominer le gouvernement.

La foule acquiesce, suit, approuve ce qui s’est fait en haut et par dessus sa tête. Il faut des mécontentements inouïs pour briser son murmure d’approbation. La foule ressemble à la masse : inerte comme elle. Ses violences des jours d’émeute sont encore des phénomènes d’inertie ; elle suit la ligne du moindre effort ; il est moins dur de suivre des penchants honteux ou féroces que de leur résister par réflexion et volonté.

La République a besoin de s’imposer aux consciences puisqu’elle repose sur des volontés. Elle a besoin de l’enthousiasme de ses sujets, qui sont ses électeurs et qui, nominalement, constitutionnellement, ont ses destinées dans leurs mains.

Au contraire, la Monarchie existe par sa propre force, sua mole stat. Elle n’a pas besoin de consulter à chaque instant un prétendu souverain électeur. Il lui suffit en somme d’être tolérée, supportée, et elle a toujours mieux et davantage, précisément parce que son principe ne l’oblige pas à harceler les gens, à aller les sommer constamment de la trouver belle. La République est une religion. La Monarchie est une famille. Celle ci n’a besoin que d’être trouvée acceptable. Celle là exige que l’on suive ses rites, ses dogmes, ses prêtres, ses partis. »

Charles Maurras. Combien ce passage est profond ! Même quand la Monarchie n’était plus supportée, on la trouvait belle. Aujourd’hui, la République est tolérée, mais sa hideur ne se dérobe à personne, pas même à ses thuriféraires, braves chevaliers Kadosch qui lui doivent leurs prébendes infondées.

« Le gouvernement seul ne peut gouverner. C’est une maxime qui paraîtra d’autant plus incontestable qu’on la méditera davantage. Il a donc besoin, comme d’un ministre indispensable, ou de l’esclavage qui diminue le nombre des volontés agissantes dans l’Etat, ou de la force divine qui, par une espèce de greffe spirituelle, détruit l’âpreté de ces volontés, et les met en état d’agir ensemble sans se nuire.

Vous craigniez la force de la coutume, l’ascendant de l’autorité, les illusions de l’imagination : il n’y a plus rien de tout cela ; il n’y a plus de coutume ; il n’y a plus de maître ; l’esprit de chaque homme est à lui. La philosophie ayant rongé le ciment qui unissait les hommes, il n’y a plus d’agrégations morales. »

Joseph de Maistre. Ces quelques phrases n’enferment-elles pas toute la politique naturelle comme un coffre de diamants ?

J’appelle Bourgeois…

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…quiconque pense bassement. Ca en fait, du monde. Des épiciers, notaires, journalistes, ingénieurs, médecins, avocats, commerçants, toute cette populace d’en haut comme d’en bas qu’il disait Nietzsche (tant le dogme d’Hermès ne manque jamais de se vérifier), et qui grouille dans les centres-villes, les banlieues, les campagnes, en somme…le monde, où ils sont partout chez eux, n’est-ce pas ?

Il faut que vous le sachiez, je suis haineux. De qui, de quoi, demanderez-vous ? Illusoire question. Dieu est « celui qui est », et on ne lui en demande pas plus. C’est le principe ontologique dont découle tout être, sans lequel la vie est impossible. Eh bien, s’il fallait que je m’escamotasse dans quelque buisson ardent (igné par le barbecue d’un beauf ?) pour m’y définir, voici quelle serait ma sainte parole adressée au peuple gémissant : « je suis celui qui hait ». Voilà tout, mes braves. La haine coule en moi comme la sève de tous les enthousiasmes, de toutes les fanfaronnes barbaries de goût et d’esprit.

Citons René Quinton, auteur que je connais mal par ailleurs et dont le nom me fait invariablement songer à l’extrémité d’une baguette de pain : « Tout idéal est un prétexte pour tuer. La haine est la chose la plus importante de la vie. Les sages qui ne détestent plus sont mûrs pour la stérilité et pour la mort. Tu ne dois pas comprendre tes ennemis, tu dois les haïr. Plus l’homme s’élève, plus croît sa haine pour l’homme. La nature n’a pas du tout créé les mâles et les peuples pour qu’ils s’aiment ». A partir de là, quel besoin de spécifier, de focaliser ma haine ? Rétrécissement inouï qu’il y aurait alors ! Mesquinerie impardonnable ! Et si ma haine se décide finalement à prendre des objets, c’est dans le seul but de pouvoir se retrouver elle-même dans une réflexion prodigieuse, et s’y admirer belle et pure, de même que l’Etre se scinde en de multiples entités pour la beauté de s’aimer lui-même, per speculum in aenigmate. Oui, je hais par amour ! Et soyons vraiment franc : j’aime le bourgeois. Et voici un poème de ma composition, que je lui soumets en tremblant, soucieux de ne pas froisser sa chemise ou abîmer les adorables chaussures avec lesquelles il me piétinera artistement.

Joignant l’espoir au rêve, et le soufre au mercure

Je crache en volutes, ployant sous les dédains

De marchands vénéneux, qui de ma vie n’ont cure

Ils sont bien aises, tous, ce cheptel de gredins

Je les écharperai, en rameaux malicieux

Leur douce pelisse couvrira leurs cadavres ;

Les détails pourpensés, j’en parlerai aux dieux ;

Partirai m’enivrer dans leur fabuleux havre

Bourgeois, journalistes, ou bien politiciens

Ces vendeurs d’orviétan partagent un destin :

C’est l’exécution, sublimement cruelle

Que j’offrirai aux cieux, en un grand rituel !

Je veux que le soleil interrompe sa course ;

Le sang est plus beau, fouetté par la lumière

Et quand il fera nuit, sous le regard des Ourses,

Je prierai les secours des hiérophantes d’hier

Botter les culs, c’est marre ! Et tous ces chiens, dis-moi

Quand crèveront-ils donc ? Leur âme est morte, oui !

Mais leurs membres puants remuent ; aussi, je crois

Aux saintes tortures, aux meurtres inouïs !

Pape Caesar, Pape Caesar Aleppe !

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La paresse ! Si je n’ai plus qu’un péché, ce sera celui-là. J’aimerais écrire plus vite, plus hardiment, et découvrir aux hommes de bonne volonté tout ce que l’arbre de mon génie peut faire germer. Mais je n’ose jamais ! Toujours un pressentiment désagréable me retient d’épancher mon encre. Est-ce la pudeur ? La crainte de voir mes plus fragiles pensées à l’air libre, radicalement nues et pendantes ? Il y a de cela, pour sûr. Et puis, les mêmes questions reviennent : « tu es sûr que tu peux écrire, déjà ? Pourquoi ne lis-tu pas un peu plus, afin d’enrichir ton style et tes idées ? Pourquoi n’épluches-tu pas encore les lettres de Joseph de Maistre ? Et ce Nietzsche, que tu t’es juré de lire voilà plusieurs siècles ? Et ce Bloy, qui a tant de fois éclairé ton cœur et adouci tes rêves, que ne le lis-tu pas davantage, pourquoi laisses-tu ces pages fébriles et amoureuses dans une inculture parfaite, ainsi que des femmes jetées ? Et tous ces immenses auteurs que tu pourrais lire ou relire sans problème si tu n’écrasais pas ta conscience de loisirs aussi vains que stupides ? Quoi ! Ces grands hommes ont foulé le même sol que toi, respiré le même oxygène, domestiqué le même feu, et au lieu de t’abreuver à leur source immortelle, tu songes à écrire toi-même, ô dérisoire, ô cuistre, ô jeune insensé ? »

La réponse a été donnée. Ces sources sont éternelles, mais je ne le suis pas. Aurai-je une seule intuition vraiment nouvelle, une seule pensée vraiment belle, ou au moins une seule formule vraiment heureuse ? Je l’ignore, mais si je m’y efforce, pourquoi ne le pourrais-je pas ? Et s’il faut répondre oui à l’une de ces questions, alors j’aurai apporté quelque chose peut-être à ce genre humain, que je méprise sans haine et hais sans mépris, et dont je voudrais bien être le plus détaché possible, dans mes rapports et mes affects.

Foin donc de mes réticences, et de ces morbides irrésolutions. Je lance ce blog, où je mettrai mes poèmes, mes aphorismes, mes réflexions diverses et avariées, mes romans peut-être. De grâce, ne cherchez pas de système cohérent, de haine ou d’envie, d’affiliation politique ou philosophique – cherchez l’âme, et tout le reste vous sera donné par surcroît. On verra peut-être l’absurde mêlé au médiocre, la pauvreté d’esprit à l’indécence de mœurs, mais diantre ! J’écrirai ce que je veux, et si je dois me damner, au moins aurai-je accompli le décret céleste pour moi prévu.

De ce modeste blog, je n’ai signalé l’existence à personne, et je ne veux rien compter comme lecteurs que ce que la Providence me choisira. Je ne veux pas de célébrité – pitié non ! – suis-je là pour distribuer le pain du peuple, ou la manne des élus ? Si un homme que j’estime sain me fait l’honneur de goûter mon écriture, j’en serai évidemment comblé. Mais c’est pour les sphères supérieures que j’écris ; aussi ne demandé-je pas à être comblé, mais ravi !

Tout ce que je demande à ce blog, c’est de me mordre le derrière ! D’être un lutin plein de facéties ne me laissant pas fermer l’œil, me forçant à travailler toujours pour ne pas laisser mes inspirations en friche, et si celles-ci ne viennent pas, eh bien, le lutin doit sûrement avoir quelques tours dans sa besace pour en crocheter la serrure.

Il me restait encore à trouver un pseudonyme qui fût original, bien pensé, et adapté à ma personne. Après moult réflexions parfois laborieuses, celui de « César l’Hermite » me vint comme un éclair, et ne me déplut pas du tout. Je laisse aux occultistes et aux flics de tout crin le soin d’en déchiffrer les mystères, dont certains sont peut-être inconnus de moi.

Je dis cela, je voudrais dire davantage, mais je sens que je ne dis rien. Alors, tendons la lyre au Poète dont je requiers humblement le patronage, et que ces divins auspices accompagnent notre modeste barque.

Tout à vous,

César l’Hermite.

Per correr miglior acque alza le vele
omai la navicella del mio ingegno,
che lascia dietro a sé mar sì crudele;
3
e canterò di quel secondo regno
dove l’umano spirito si purga
e di salire al ciel diventa degno.
6
Ma qui la morta poesì resurga,
o sante Muse, poi che vostro sono;
e qui Calïopè alquanto surga,
9
seguitando il mio canto con quel suono
di cui le Piche misere sentiro
lo colpo tal, che disperar perdono.

(Purgatorio I)