L’Arcane de Krishna (Introduction)

Voici le début de mon premier essai d’occultisme politique, intitulé L’Arcane de Krishna. Cet essai a pour centre l’étude de la Bhagavad Gita, mais fait volontiers appel à toutes les ressources que la modeste culture de l’auteur a pu lui prodiguer.

Quoique le fond de cet ouvrage n’ait rien de profondément original – n’y est exposée, dans l’humble mesure de mes moyens, que la sagesse de tous les temps – je le crois néanmoins singulier dans ses conceptions, d’une écriture agréable, et surtout précieux par son message : mon dessein fut de désigner, aux rares âmes capables de l’entrevoir, une voie supérieure de régénération qui seule me paraît susceptible de sauver l’Occident des périls graves et imminents qui l’affligent. Sans me flatter d’illusions sur son succès, je voudrais que cet ouvrage fût connu de ceux qu’Evola nommait hommes différenciés. Si la demande m’en est faite, je songerai à publier les chapitres suivants sur ce blog.

***

Usquequo, Domine ? L’homme épris de Dieu toujours s’impatiente ; il aspire aux plus sublimes ravissements d’âme, à une éternité de délices, son cœur déborde d’amour, mais il patine dans le limon d’une vie prosaïque, livrée aux passions des sens et aux crimes de l’envie.

 
Jamais sans doute, dans notre longue histoire, tous les aspects de la réalité matérielle par nous connus ne furent si bien enfermés dans les rets d’une administration si puissamment organisée – mais le plus sûr instinct nous représente aussi qu’à nulle autre période – si l’on excepte peut-être la déroute de l’Empire romain – si grande impuissance ne se manifesta dans le gouvernement des affaires de la cité – jamais homme ne fut plus indocile à son semblable, la révolte plus universelle, l’anarchie plus insinuante, la désobéissance mieux assise dans les mœurs incertaines de la foule, quand ce n’est pas dans les lueurs trompeuses de sa maigre raison. C’est comme si le millénaire terreau d’un peuple surhumainement fécond en exemples de vertu, en modèles de piété ou d’héroïsme, se fût insensiblement rabougri jusqu’à ne plus pouvoir germiner que la piètre canaille des parlements et des ambassades. La lymphe bouillante de nos glorieux ancêtres court-elle encore assez en nous pour la propre cuisson de notre amertume ? Cela même est douteux. La débâcle contemporaine ne saurait être ignorée du lecteur – et s’il présente des dons au-dessus du vulgaire, il aura d’emblée saisi que cette langueur des hommes est avant tout une langueur des âmes. Car la déesse Médiocrité, de son sceptre d’argent et de son trône de boue, commande désormais à une armée de fantoches dont on peinerait à imaginer qu’ils se puissent déshonorer plus outre ; et journellement s’exécute devant nous cette farce moderne, de laquelle un inconcevable avachissement des intelligences, un impitoyable écrasement de tout sentiment vrai, de toute aspiration supérieure, forment la fresque branlante. Et que voit-on ? Près de nous se déploient d’infinis réseaux, la nature entière, physique comme morale, la nature des éclairs et des océans comme la nature des colères et des apaisements de l’âme, cette nature irréductible et formidable qui inspirait jadis la crainte des dieux se voit corseter par une multitude de discours, de thérapies, de servitudes de toute espèce, d’édifices matériels ou intellectuels que l’âge n’a su encore éprouver. Mais la foudre est toujours là qui tonne, l’amour est toujours là qui frappe aveuglément et laisse des plaies sanglantes au physique tant qu’au moral ; la première pourra être entraperçue à l’avance par le météorologue, le second adroitement dépeint par l’écrivain, mais ils n’en demeurent pas moins impénétrablement mystérieux en la soudaineté de leur apparition et en la brutalité de leurs effets. Or plus l’homme s’enferre dans sa fantaisie d’emprise mécaniste sur le monde, plus ce mystère fondamental, inouï car inaudible, inaperçu car imperceptible, se dérobe à son entendement vicié. En s’escrimant à comprendre comment le monde naît et meurt, on en oublie que le miracle n’est autre chose que son être même. L’être plane au-dessus des maîtres du plan. Ceux-ci partagent vainement la réalité, érigent autour d’elle mille artifices afin de l’assujettir à d’égoïstes calculs qu’ils parsèment de ce qu’ils ont l’aplomb de nommer symboles – le véritable symbole visant, tout au contraire, à restaurer l’unité. C’est de cette unité primitive que tout procède et dépend in aeternum, cette unité à laquelle toute entité puise, suivant sa disposition, son plus ou moins haut degré d’existence ; c’est le miracle toujours renouvelé de l’étincelle invisible qui crée le feu, de la vapeur indiscernable de l’océan où elle s’épanche.

 
La science traditionnelle se proposait de consacrer des prêtres et des rois ; telle ne saurait être l’ambition de qui manque encore de sagesse par tant de côtés, et qui, simple disciple – perpétuel disciple -, ne se fait enseignant que par un abus dont il demande aussitôt à être pardonné. Mais une formidable émanation du Ciel, une incarnation singulièrement resplendissante et glorieuse, foula en des temps immémoriaux cette terre bouleversée, et livra aux hommes la plus belle et la plus vraie des doctrines : ce fut l’apparition de Sri Krishna, dieu parmi les hommes, homme parmi les dieux. Son enseignement fut consigné dans ce chef-d’œuvre de la littérature universelle qu’est la Bhagavad Gita. C’est une impérissable lumière pour l’esprit et un indéfectible soutien pour la foi ; elle tourne l’âme du disciple, ainsi que la corolle d’une fleur naïve s’ouvrant aux rayons du soleil, vers ce qui est éternellement bon et saint.

 
« Quod ubique, quod semper, quod ab omnibus ». Ce qui est cru partout, depuis toujours, et par tout le monde : voilà ce qui, selon Vincent de Lerins, est le grand révélateur d’une foi juste. « Une seule chose est nécessaire, et nous aimons la diversité« , remarquait le grand Pascal. La leçon du Seigneur Krishna, quoiqu’unique dans sa pureté, n’est pas exceptionnelle par son contenu ; d’autres divulgateurs fameux la répandirent au cours des siècles en une foule de langues et de signes. Nul besoin de s’arrêter sur chacun d’entre eux ni de démontrer en quoi exactement leurs doctrines purent s’écarter ; à tout le moins nous dirons pourquoi le Seigneur Krishna recueille notre prédilection, qui n’est point à rechercher ailleurs que dans l’ineffable beauté de son exhortation à Arjuna, à nos yeux plus grande encore que le sermon sur la montagne, et dont la transfiguration finale est d’une splendeur plus éclatante que le fut celle du mont Tabor. Au reste, Krishna convenait lui-même – chose infiniment rare parmi les professeurs de science sacrée – que le salut se pouvait obtenir par la prière à d’autres dieux.

 
Ceux même qui, pleins de foi, adorent d’autres divinités, m’honorent aussi, bien qu’en dehors de la règle antique. (IX, 23)

 
Mais il est temps de rompre le voile et de pénétrer plus intimement dans le mystère.

Publicités

About cesarlhermite

« Alors je me suis fait marquis du marquisat de moi-même et j’ai bâti mon cœur comme une tour ». Léon Bloy.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :