De la Politique

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« L’appel au peuple peut être un utile et puissant levier dans les périodes de trouble, quand le gouvernement hésite et incline de lui même à la mort. Il ne vaut pas grand chose dans les autres cas. Il ne vaut rien contre un parti bien constitué, fort, uni, résolu à exploiter la nation jusqu’à l’os.

Hors les heures critiques, et tant qu’il paraît subsister un ordre matériel quelconque, le suffrage universel conserve tout ce qui existe, tout ce qui tend à exister. Il est conservateur de ce qui dispose de la puissance, de ce qui paraît bénéficier du succès : radical, si le gouvernement tend au radicalisme ; socialiste, si le socialisme paraît dominer le gouvernement.

La foule acquiesce, suit, approuve ce qui s’est fait en haut et par dessus sa tête. Il faut des mécontentements inouïs pour briser son murmure d’approbation. La foule ressemble à la masse : inerte comme elle. Ses violences des jours d’émeute sont encore des phénomènes d’inertie ; elle suit la ligne du moindre effort ; il est moins dur de suivre des penchants honteux ou féroces que de leur résister par réflexion et volonté.

La République a besoin de s’imposer aux consciences puisqu’elle repose sur des volontés. Elle a besoin de l’enthousiasme de ses sujets, qui sont ses électeurs et qui, nominalement, constitutionnellement, ont ses destinées dans leurs mains.

Au contraire, la Monarchie existe par sa propre force, sua mole stat. Elle n’a pas besoin de consulter à chaque instant un prétendu souverain électeur. Il lui suffit en somme d’être tolérée, supportée, et elle a toujours mieux et davantage, précisément parce que son principe ne l’oblige pas à harceler les gens, à aller les sommer constamment de la trouver belle. La République est une religion. La Monarchie est une famille. Celle ci n’a besoin que d’être trouvée acceptable. Celle là exige que l’on suive ses rites, ses dogmes, ses prêtres, ses partis. »

Charles Maurras. Combien ce passage est profond ! Même quand la Monarchie n’était plus supportée, on la trouvait belle. Aujourd’hui, la République est tolérée, mais sa hideur ne se dérobe à personne, pas même à ses thuriféraires, braves chevaliers Kadosch qui lui doivent leurs prébendes infondées.

« Le gouvernement seul ne peut gouverner. C’est une maxime qui paraîtra d’autant plus incontestable qu’on la méditera davantage. Il a donc besoin, comme d’un ministre indispensable, ou de l’esclavage qui diminue le nombre des volontés agissantes dans l’Etat, ou de la force divine qui, par une espèce de greffe spirituelle, détruit l’âpreté de ces volontés, et les met en état d’agir ensemble sans se nuire.

Vous craigniez la force de la coutume, l’ascendant de l’autorité, les illusions de l’imagination : il n’y a plus rien de tout cela ; il n’y a plus de coutume ; il n’y a plus de maître ; l’esprit de chaque homme est à lui. La philosophie ayant rongé le ciment qui unissait les hommes, il n’y a plus d’agrégations morales. »

Joseph de Maistre. Ces quelques phrases n’enferment-elles pas toute la politique naturelle comme un coffre de diamants ?

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About cesarlhermite

« Alors je me suis fait marquis du marquisat de moi-même et j’ai bâti mon cœur comme une tour ». Léon Bloy.

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