L’Américanisme (II)

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« Un peuple est le détour que prend la nature pour produire six ou sept grands hommes, et ensuite s’en dispenser ».

 Nietzsche.

 « Il me semble voir un Bambara assistant à l’exécution d’un des airs qui lui plaisent. Son visage s’enflamme, ses yeux brillent. Il rit, et sa large bouche montre, étincelante au milieu de sa face ténébreuse, ses dents blanches et aiguës. La jouissance vient … Des sons inarticulés font effort pour sortir de sa gorge, que comprime la passion ; de grosses larmes roulent sur ses joues proéminentes ; encore un moment, il va crier : la musique cesse, il est accablé de fatigue… Le nègre possède au plus haut degré la faculté sensuelle sans laquelle il n’y a pas d’art possible ; et, d’autre part, l’absence des aptitudes intellectuelles le rend complètement impropre à la culture de l’art, même l’appréciation de ce que cette noble application de l’intelligence des humains peut produire d’élevé. Pour mettre ses facultés en valeurs, il faut qu’il s’allie avec une race différemment douée… »

Gobineau.

  Je méprise assez franchement tous ceux qui jugent d’une œuvre artistique suivant des critères absurdes, tels l’idéologie de l’artiste ou son origine. « Une chose n’est pas juste parce que Dieu la veut, mais Dieu la veut parce qu’elle est juste », disait saint Thomas d’Aquin. Celui donc qui n’estimera une œuvre que suivant des critères mondains plutôt que spirituels ne pourra jamais transcender cet insuffisant « racisme du corps » que décrit Julius Evola. L’esprit universel, c’est la grandeur de l’absolu ; l’universalisme, c’est au contraire la petitesse de l’égalité.

Par exemple, pourquoi devrais-je préférer le « rock (ou rap) identitaire » au jazz ? Quel rustre faudrait-il que je sois pour me farcir des beuglements pro-FN sans la moindre justesse plutôt que de suaves mélodies de jazz qui m’environnent l’âme de douceur et de paix. Ces « patriotes », qui font primer l’idéologie sur la beauté, l’origine sur l’esprit, la terre sur l’air et le feu, ignorent-ils à ce point toutes les richesses dont notre civilisation peut s’enorgueillir ? Et s’ils veulent rester dans le « monde blanc », ne nourriraient-ils pas bien supérieurement leur fierté identitaire en s’abandonnant à Bach, Wagner (en sus, il y aurait là proximité de vues), Albinoni, Ravel ou même les Beatles, plutôt qu’à n’importe quelle chiure moderne qui leur procure la reposante idée d’appartenir à un groupe, à un clan ? C’est aussi ça, l’instinct de troupeau : la volonté primitive, totémique, de brouter parmi ses semblables, de s’y délasser chaleureusement, et de ne surtout pas dépasser qui ou quoi que ce soit. L’homme supérieur n’a pour guide de ses affects que ses seules lumières, et comme ce sont des lumières divines, il ne requiert le sceau de nulle institution humaine, trop humaine.

L’Amérique, c’est pour moi évident, ne fut créée que pour le jazz. Le commerce triangulaire, puis l’esclavage, puis la ségrégation, puis le mélange des races ne devaient aboutir qu’à l’apparition miraculeuse de ce genre musical. Tous ces siècles hésitants et sordides n’étaient que la puissance souterraine d’où ce formidable acte devait surgir. Nietzsche demande six ou sept grands hommes. Charlie Parker, Miles Davis, Thelonious Monk, John Coltrane, Coleman Hawkins nous font déjà un quintet d’exception. Ce qui, logiquement, nous laisse un ou deux grands hommes à l’Amérique avant que la vermine soit balayée. Dieu le trouvera-t-il plus aisément que le juste de Sodome ?

De ceux que je viens de citer, Charlie « Bird » Parker est le plus grand. Par quel envoûtement, par quel prodige surnaturel ce noir pauvre, inculte et drogué a-t-il pu se muer en thaumaturge sublime, et premier interprète d’un langage cosmique ? Comment ce Prince de l’Éon peut-il jouer ses morceaux de façon si impeccable et précise, lui que l’alcool et l’héroïne faisaient tituber à tout moment ? C’est une énigme que je m’abstiendrai de résoudre. Le Verbe en action ne se décompose pas, il s’admire. La fulgurance de Bird ne se dévoile pas à toutes les oreilles. Il faut d’abord l’accoutumer à cette cadence effrénée, dont il est parfois compliqué de saisir toutes les nuances. Ce travail accompli, il n’est plus qu’à laisser la lumière pénétrer votre cœur comme un vitrail, s’y réfractant en mille sentiments nobles et généreux.  

Gloire à l’Omnibook !

 http://www.youtube.com/watch?v=wxW8Xcp0r6s

 

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About cesarlhermite

« Alors je me suis fait marquis du marquisat de moi-même et j’ai bâti mon cœur comme une tour ». Léon Bloy.

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