Pape Caesar, Pape Caesar Aleppe !

Image

La paresse ! Si je n’ai plus qu’un péché, ce sera celui-là. J’aimerais écrire plus vite, plus hardiment, et découvrir aux hommes de bonne volonté tout ce que l’arbre de mon génie peut faire germer. Mais je n’ose jamais ! Toujours un pressentiment désagréable me retient d’épancher mon encre. Est-ce la pudeur ? La crainte de voir mes plus fragiles pensées à l’air libre, radicalement nues et pendantes ? Il y a de cela, pour sûr. Et puis, les mêmes questions reviennent : « tu es sûr que tu peux écrire, déjà ? Pourquoi ne lis-tu pas un peu plus, afin d’enrichir ton style et tes idées ? Pourquoi n’épluches-tu pas encore les lettres de Joseph de Maistre ? Et ce Nietzsche, que tu t’es juré de lire voilà plusieurs siècles ? Et ce Bloy, qui a tant de fois éclairé ton cœur et adouci tes rêves, que ne le lis-tu pas davantage, pourquoi laisses-tu ces pages fébriles et amoureuses dans une inculture parfaite, ainsi que des femmes jetées ? Et tous ces immenses auteurs que tu pourrais lire ou relire sans problème si tu n’écrasais pas ta conscience de loisirs aussi vains que stupides ? Quoi ! Ces grands hommes ont foulé le même sol que toi, respiré le même oxygène, domestiqué le même feu, et au lieu de t’abreuver à leur source immortelle, tu songes à écrire toi-même, ô dérisoire, ô cuistre, ô jeune insensé ? »

La réponse a été donnée. Ces sources sont éternelles, mais je ne le suis pas. Aurai-je une seule intuition vraiment nouvelle, une seule pensée vraiment belle, ou au moins une seule formule vraiment heureuse ? Je l’ignore, mais si je m’y efforce, pourquoi ne le pourrais-je pas ? Et s’il faut répondre oui à l’une de ces questions, alors j’aurai apporté quelque chose peut-être à ce genre humain, que je méprise sans haine et hais sans mépris, et dont je voudrais bien être le plus détaché possible, dans mes rapports et mes affects.

Foin donc de mes réticences, et de ces morbides irrésolutions. Je lance ce blog, où je mettrai mes poèmes, mes aphorismes, mes réflexions diverses et avariées, mes romans peut-être. De grâce, ne cherchez pas de système cohérent, de haine ou d’envie, d’affiliation politique ou philosophique – cherchez l’âme, et tout le reste vous sera donné par surcroît. On verra peut-être l’absurde mêlé au médiocre, la pauvreté d’esprit à l’indécence de mœurs, mais diantre ! J’écrirai ce que je veux, et si je dois me damner, au moins aurai-je accompli le décret céleste pour moi prévu.

De ce modeste blog, je n’ai signalé l’existence à personne, et je ne veux rien compter comme lecteurs que ce que la Providence me choisira. Je ne veux pas de célébrité – pitié non ! – suis-je là pour distribuer le pain du peuple, ou la manne des élus ? Si un homme que j’estime sain me fait l’honneur de goûter mon écriture, j’en serai évidemment comblé. Mais c’est pour les sphères supérieures que j’écris ; aussi ne demandé-je pas à être comblé, mais ravi !

Tout ce que je demande à ce blog, c’est de me mordre le derrière ! D’être un lutin plein de facéties ne me laissant pas fermer l’œil, me forçant à travailler toujours pour ne pas laisser mes inspirations en friche, et si celles-ci ne viennent pas, eh bien, le lutin doit sûrement avoir quelques tours dans sa besace pour en crocheter la serrure.

Il me restait encore à trouver un pseudonyme qui fût original, bien pensé, et adapté à ma personne. Après moult réflexions parfois laborieuses, celui de « César l’Hermite » me vint comme un éclair, et ne me déplut pas du tout. Je laisse aux occultistes et aux flics de tout crin le soin d’en déchiffrer les mystères, dont certains sont peut-être inconnus de moi.

Je dis cela, je voudrais dire davantage, mais je sens que je ne dis rien. Alors, tendons la lyre au Poète dont je requiers humblement le patronage, et que ces divins auspices accompagnent notre modeste barque.

Tout à vous,

César l’Hermite.

Per correr miglior acque alza le vele
omai la navicella del mio ingegno,
che lascia dietro a sé mar sì crudele;
3
e canterò di quel secondo regno
dove l’umano spirito si purga
e di salire al ciel diventa degno.
6
Ma qui la morta poesì resurga,
o sante Muse, poi che vostro sono;
e qui Calïopè alquanto surga,
9
seguitando il mio canto con quel suono
di cui le Piche misere sentiro
lo colpo tal, che disperar perdono.

(Purgatorio I)

Publicités

About cesarlhermite

« Alors je me suis fait marquis du marquisat de moi-même et j’ai bâti mon cœur comme une tour ». Léon Bloy.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :