J’appelle Bourgeois…

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…quiconque pense bassement. Ca en fait, du monde. Des épiciers, notaires, journalistes, ingénieurs, médecins, avocats, commerçants, toute cette populace d’en haut comme d’en bas qu’il disait Nietzsche (tant le dogme d’Hermès ne manque jamais de se vérifier), et qui grouille dans les centres-villes, les banlieues, les campagnes, en somme…le monde, où ils sont partout chez eux, n’est-ce pas ?

Il faut que vous le sachiez, je suis haineux. De qui, de quoi, demanderez-vous ? Illusoire question. Dieu est « celui qui est », et on ne lui en demande pas plus. C’est le principe ontologique dont découle tout être, sans lequel la vie est impossible. Eh bien, s’il fallait que je m’escamotasse dans quelque buisson ardent (igné par le barbecue d’un beauf ?) pour m’y définir, voici quelle serait ma sainte parole adressée au peuple gémissant : « je suis celui qui hait ». Voilà tout, mes braves. La haine coule en moi comme la sève de tous les enthousiasmes, de toutes les fanfaronnes barbaries de goût et d’esprit.

Citons René Quinton, auteur que je connais mal par ailleurs et dont le nom me fait invariablement songer à l’extrémité d’une baguette de pain : « Tout idéal est un prétexte pour tuer. La haine est la chose la plus importante de la vie. Les sages qui ne détestent plus sont mûrs pour la stérilité et pour la mort. Tu ne dois pas comprendre tes ennemis, tu dois les haïr. Plus l’homme s’élève, plus croît sa haine pour l’homme. La nature n’a pas du tout créé les mâles et les peuples pour qu’ils s’aiment ». A partir de là, quel besoin de spécifier, de focaliser ma haine ? Rétrécissement inouï qu’il y aurait alors ! Mesquinerie impardonnable ! Et si ma haine se décide finalement à prendre des objets, c’est dans le seul but de pouvoir se retrouver elle-même dans une réflexion prodigieuse, et s’y admirer belle et pure, de même que l’Etre se scinde en de multiples entités pour la beauté de s’aimer lui-même, per speculum in aenigmate. Oui, je hais par amour ! Et soyons vraiment franc : j’aime le bourgeois. Et voici un poème de ma composition, que je lui soumets en tremblant, soucieux de ne pas froisser sa chemise ou abîmer les adorables chaussures avec lesquelles il me piétinera artistement.

Joignant l’espoir au rêve, et le soufre au mercure

Je crache en volutes, ployant sous les dédains

De marchands vénéneux, qui de ma vie n’ont cure

Ils sont bien aises, tous, ce cheptel de gredins

Je les écharperai, en rameaux malicieux

Leur douce pelisse couvrira leurs cadavres ;

Les détails pourpensés, j’en parlerai aux dieux ;

Partirai m’enivrer dans leur fabuleux havre

Bourgeois, journalistes, ou bien politiciens

Ces vendeurs d’orviétan partagent un destin :

C’est l’exécution, sublimement cruelle

Que j’offrirai aux cieux, en un grand rituel !

Je veux que le soleil interrompe sa course ;

Le sang est plus beau, fouetté par la lumière

Et quand il fera nuit, sous le regard des Ourses,

Je prierai les secours des hiérophantes d’hier

Botter les culs, c’est marre ! Et tous ces chiens, dis-moi

Quand crèveront-ils donc ? Leur âme est morte, oui !

Mais leurs membres puants remuent ; aussi, je crois

Aux saintes tortures, aux meurtres inouïs !

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About cesarlhermite

« Alors je me suis fait marquis du marquisat de moi-même et j’ai bâti mon cœur comme une tour ». Léon Bloy.

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